Pajenn:Cadic J.-M. - Ur person a eskopti Guened e lar kenavo d'e bobl e amzer er Revolusion - RBV,1901 (T1).djvu/6

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SOUS LA RÉVOLUTION


Il est vrai que l’Assemblée Nationale, par un reste de générosité qui ne lui était plus ordinaire, leur avait alloué à chacun une somme de cinq cents francs par an. Mais, en raison de leurs besoins, cette somme était minime et tout à fait insuffisante. Ceux qui n’avaient pas de patrimoine ou quelques économies en réserve se trouvaient forcément dans le dénûment et le besoin. Pour vivre ils ne pouvaient compter que sur la générosité des fidèles.

D’ailleurs ceux-ci ne manquèrent pas à ce devoir de charité chrétienne.

De toutes parts ils venaient en foule vers leurs prêtres vénérés, leur offrant ce dont ils avaient besoin, et leur demandant en retour des secours spirituels pour leurs âmes. C’était à leur ministère qu’ils voulaient toujours avoir recours, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour leurs enfants, pour leurs malades. Ils ne voulaient entendre d’autre messe que la leur, et, le dimanche comme les jours de fêtes, ils bravaient toutes les fatigues et toutes les difficultés pour se procurer ce bonheur.

Les églises occupées par les intrus restaient à peu près complètement désertes.

Les révolutionnaires en étaient exaspérés, et ils cherchaient par tous les moyens, par la persuasion aussi bien que par la menace et la violence, à arrêter le courant qui entraînait les populations chrétiennes vers leurs prêtres légitimes.

Les intrus eux-mêmes ne purent supporter longtemps le mépris dont ils étaient l’objet, l’isolement auquel ils se voyaient condamnés. Ils s’en plaignirent aux autorités constituées et en rejetèrent la cause sur les prêtres insermentés, les accusant d’influencer les fidèles pour les empêcher de se rallier à l’église nouvelle.

L’administration départementale transmit ces plaintes à l’Assemblée Nationale. Mais, sans attendre la décision de la Chambre, elle prit, dès le 1er juin, un arrêté qui plaçait tous les prêtres réfractaires sous la surveillance des municipalités, et donnait à chaque citoyen l’ordre de dénoncer à son district respectif les ecclésiastiques dont la présence ou la conduite pouvait susciter des troubles.

C’était encourager la délation et l’ériger en système.