Pajenn:Luzel - Lincel ar re varo.djvu/12

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Mont d’ar merdeerezh Mont d’ar c’hlask
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Le Linceul des Morts. 2 1 1 — Ni moi non plus ; allez demander au sacristain. Et l'un des vicaires va demander au sacristain. Mais, le sa- cristain aussi n'avait aucune nouvelle (connaissance) que quelqu'un fût nouvellement décédé, dans la paroisse, ni aussi qu'il y eût un anniversaire, le lendemain. Il fut lui-même étonné en apprenant que les tréteaux funèbres étaient au mi- lieu de l'église, car il ne les y avait pas placés. Voilà donc les trois prêtres dans l'église, priant Dieu, en attendant que minuit sonnât. Aussitôt que fut frappé le dernier coup (de minuit), voilà encore un grand bruit, dans le cimetière, (produit) par le car- rosse et les chevaux à travers les pierres tombales, et un homme vient de la sacristie, passe auprès des trois prêtres, sans faire semblant de les voir, et va ouvrir la porte principale. Aussitôt le carrosse entre dans l'église, avec les trois chevaux noirs, et s'arrête près des tréteaux funèbres. Le postillon et l'autre retirent alors un cercueil du carrosse, l'ouvrent et en retirent le corps d'une femme morte, enveloppé dans son lin- ceul. Les deux dalles se lèvent avec fracas et découvrent un trou noir et profond, dans lequel la femme descend, toute nue, après avoir jeté son linceul sur le pavé de l'église. Alors, les deux dalles retombent sur le trou, bruyamment, le car- rosse part, l'homme venu de la sacristie ferme la porte et re- tourne à la sacristie, et plus aucun bruit... Le curé, un peu plus hardi que ses vicaires, s'avance alors jusqu'aux tréteaux funèbres, s'empare du linceul, l'emporte et retourne au pied du grand autel. — Vous auriez dû faire comme moi, dit-il à ses vicaires ; à présent, je ne lui rendrai son linceul, que quand elle aura dit ce qu'il lui faut. Un personnage ressemblant à un prêtre, si ce n'est qu'il est tout habillé en blanc, vient alors de la sacristie, tenant un cierge dans chaque main. Il en pose un de chaque côté des tréteaux funèbres, et retourne à la sacristie. A trois heures, le carrosse arrive encore dans l'église, pour prendre la morte. Celle-ci sort de la terre, et se met à rire, en voyant les deux cierges, un de chaque côté du catafalque. Elle cherche son linceul, et ne le trouvant pas, elle crie : — « Où est mon lin-