Pajenn:Luzel - Koadalan.djvu/26

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Ar bajenn-mañ n’he deus ket ezhomm da vezañ adlennet.


bien garde de vous endormir, pendant que vous répandrez le lait de vos seins ! Au bout des six mois, si vous faites exactement ce que je vous recommande, je me relèverai tout entier de la terrine, plein de vie et de santé, et plus fort et plus beau que je ne fus jamais ; et alors je ne mourrai plus jamais. — Ferez-vous cela, dites-moi ? Vous aurez cent écus par mois. — Oui, dit-elle, je le ferai. Alors il fait venir ses domestiques et leur dit : — Maintenant il vous faudra me mettre à mort, et hacher tout mon corps en morceaux menus comme chair à saucisses. Puis, vous mettrez tous ces morceaux, et le sang aussi, dans une grande terrine, que vous recou- vrirez d'un linge et enfouirez ensuite dans un tas de fumier chaud, où elle devra rester pendant six mois entiers. Les six mois accomplis, vous me verrez me relever de là, plein de vie et de santé, et plus fort et plus beau que je ne le fus jamais. Et n'ayez aucune crainte, car tout arrivera comme je viens de vous dire. M'obéirez-vous? — Oui, répondirent les domestiques. On fait chaque chose comme il a recommandé. On le met à mort, on le hache en morceaux menus comme chair à saucisses. Puis tous les morceaux, et le sang aussi, sont mis dans une grande terrine, que l'on enfouit dans un tas de fumier chaud. Deux fois par jour, pendant une demi-heure chaque fois, la nourrice va répandre le lait de ses seins sur le fumier, au-dessus de la terrine. Elle l'avait fait pendant cinq mois, cinq mois et demi; il ne s'en fallait plus que de trois jours que les six mois ne fussent accomplis, quand elle s'endormit sur le tas de fumier, en répandant le lait de ses seins au- dessus de la terrine. Hélas! alors mourut Koadalan ! Quand on découvrit la terrine, on retrouva son corps tout entier, sorti du vase et sur le point de se relever. Encore trois jours, et il aurait réussi ! Mais, hélas! il était mort, bien mort, pour avoir voulu se rendre immortel ! Conté par Jean-Marie Guézennec, charpentier à Plouaret, Janvier 1869. Et recueilli par F .-M . Luzel . X