Pajenn:Le Jean - Breiz, 1867.djvu/4

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Adlennet eo bet ar bajenn-mañ
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JEAN-MARIE LE JEAN



« Mar d-eo truezuz ma stad, evit mezuz ne-ket.
Rak mar d’ounn bet diskaret, flastret ha diwisket,
Eo bet stenn ma gwazied ha tomm d’ann enebour !
Nikun euz ma gwenn galed n’eo bet morse traitour.

« E desped d’am holl galoun, d’am nerz vraz ha dispar,
Gand ann amzer ounn boutet enn hent du ar glac’har ;
Ne d-ounn me ken, siouaz d’in ! nemed eur vogeden
Kaset du-man ha du-hont, evel eur goumoulen.

« Koulskoude, pa sellann mad, e welann c’hoaz ar mor
O tont enn eur grozmola betek treuzou ma dor ;
Gerek braz ha dero koz a zo bepred em c’hreiz…
— Groac’h koz, en em frealzit : ho hano a zo Breiz ! —




« Si ma condition est digne de pitié, elle n’inspire pas de honte, — Car, si j’ai été terrassée, foulée aux pieds et dépouillée, — Il en a coûté à mes muscles tendus, mais l’ennemi a eu chaud ! — Nul de ma race énergique ne fit jamais trahison.

« Malgré tout mon courage, ma force incomparable, — Le temps m’a refoulée dans la voie de la douleur ; — Je ne suis plus, malheureusement ! qu’une petite fumée — Que le vent chasse à son gré comme il chasse le nuage.

« Cependant, quand je regarde bien, je vois encore la mer — Qui vient, en grondant, baigner le seuil de ma porte ; — Il y a toujours dans mon sein de grands rochers et vieux chènes… — Allons ! pauvre vieille, consolez-vous : votre nom est Bretagne ! —