Pajenn:Luzel - Koadalan.djvu/14

Eus Wikimammenn
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Ar bajenn-mañ n’he deus ket ezhomm da vezañ adlennet.


rien à son neveu. Mais, comme il était devenu triste et soucieux, celui-ci lui demanda un jour : — Pourquoi', mon oncle, êtes-vous ainsi triste et soucieux, depuis quelque temps ? — Hélas! j'ai une fille que j'avais dérobée à tous les yeux; elle ne voyait que moi et sa femme de chambre, et cependant elle a donné le jour à un fils. — Oui, mon oncle, je le sais, et c'est moi qui suis le père de l'en- fant, et je vous demande de m'accorder la main de sa mère. — Eh! bien, puisque la chose est arrivée, ce que j'ai de mieux à faire, c'est de te la donner; et j'aime mieux que ce soit toi qu'un autre. Et on fit la noce tout de suite. Mais le vieux roi ne donna plus aucune marque de joie. Il mourut peu de temps après, et Koadalan lui succéda sur le trône. Celui-ci ne goûtait guère ce nouveau genre de vie, et, au bout d'un an, il voulut retourner dans son pays. Comme il avait toujours ses trois livres rouges, il demanda un beau carrosse; et aussitôt il en descendit un du ciel. Ils y montèrent tous les trois, sa femme, son fils et lui, et le carrosse s'éleva avec eux en l'air, très-haut, comme un aigle. Il passa par hasard devant le château du grand magicien Fouques. Celui-ci habitait dans un château d'or, retenu par quatre chaînes d'or et quatre chaînes d'argent entre le ciel et la terre. Fouques était à l'une des fenêtres de son château, et, en voyant passer Koadalan, il le pria de descendre un peu, pour lui faire visite. Fouques avait aussi essayé d'avoir la fille du roi d'Espagne, mais il n'avait pas réussi. En la voyant passer, il l'avait reconnue tout de suite. Koadalan, qui ne se défiait de rien, s'arrêta avec plaisir au château de Fouques, et celui-ci lui fit bon accueil. Après souper, il le conduisit, avec sa femme, dans une belle chambre, pour passer la nuit, et leur enfant fut confié à une nourrice. Mais, malheureusement, avant 'de se mettre au lit, Koadalan oublia de placer ses trois livres rouges sous son oreiller, et quand il se réveilla, le lendemain matin, Fouques les lui avait dérobés. Le voilà perdu, le pauvre homme! Fouques le précipita dans un puits très-profond (il avait plus d'une lieue de profondeur) et il tomba au milieu d'un grand bois. — Où donc suis-je ici, mon Dieu.? se dit-il, et que ferai-je maintenant que j'ai perdu mes trois livres rouges. Et, ce qui est encore pis, ma femme et mon fils sont restés aussi au pouvoir de Fouques, le maudit traître! C'en est fait de moi, cette fois! Encore si j'avais pu retrouver le bois où je fis mes adieux à Thérèse ! Mais où est ce bois-là ^ Il se met à parcourir le bois, et ne rencontre ni homme ni bête. La nuit vient, et il dort, la tête appuyée sur une grande pierre couverte