Pajenn:Luzel - Koadalan.djvu/12

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conservés, il faisait tout ce qu'il voulait), et il- se trouve sans tarder -en Espagne. Il se présente aussitôt au palais du roi et demande à lui parler. Le roi lui fait bonne réception, parce qu'il le prend pour son neveu, le fils du roi de France, dont Koadalan avait pris la mine et les manières. Deux ou trois jours après son arrivée, comme il se promenait un jour avec le roi dans son jardin, il lui demanda : — Comment, mon oncle, je croyais que vous aviez une fille ? — Non, mon neveu, je n'ai pas de fille. Il en avait une, mais il ne voulait pas qu'on le sût, et il la tenait enfermée dans une tour avec une femme de chambre. Il allait la voir une fois par jour; mais il allait toujours seul. Le lendemain, quand Koadalan était encore à se promener dans le jardin avec son oncle, il fut tout étonné de voir une boule d'or rouler sur l'allée et venir heurter contre son pied. — Qu'est-ce que cette boule d'or ? dit-il. — Ce n'est rien, répondit le roi. C'était la boule d'or de sa fille, qui jouait aux boules avec sa femme de chambre sur la plateforme de sa tour et qui avait jeté cette boule à dessein dans le jardin, quand elle avait vu le beau prince qui s'y pro- menait avec son père. Koadalan aussi avait remarqué la princesse. — Tôt ou tard, se dit-il, je trouverai moyen de lui parler. Il se lève à minuit, et, grâce à ses livres, il arrive à la porte de la chambre de la princesse, sans être vu ni entendu de personne. Il frappe à la porte : tok! toki... — Ici on n'ouvre à personne. Qui êtes-vous ? — Le fils du roi de France. — Le fils du roi de France, mon cousin ! alors l'on va vous ouvrir. Et la princesse lui ouvrit, et ils s'embrassèrent comme cousin et cou- sine, et il resta avec elle dans sa chambre jusqu'au point du jour. Et, dans la suite, il y revint chaque nuit, sans que personne en sût rien. Mais la princesse se sentit bientôt mère. Le roi continuait de la visiter tous les jours et, remarquant qu'elle prenait de l'embonpoint, il lui dit un jour : — Votre nourriture vous profite, ma fille. — Oui, sûrement, mon père; et puis, je n'ai souci de rien. Le temps arrive où il lui faut accoucher, et elle donne le jour à un fils, un enfant superbe. Quand vient le roi, selon son habitude, et qu'il voit l'enfant dans son berceau, et sa fille malade dans son lit, il entre dans une colère terrible, et il part en jurant. Malgré tout, il n'en dit