Pajenn:Le Pon - ar c'hemener RBV,1889.djvu/2

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LA CHANSON DU TAILLEUR


Un jour je passais dans le pays de Goëllo. J’entrai dans une ferme. Le tailleur travaillait, les jambes gracieusement croisées. Tout à coup entre un maçon, qui avait longuement goûté le cidre d’une auberge voisine. A la vue du tailleur trônant à la turque sur la table même de la maison, il entre dans une colère rouge: « Un tailleur, s’écrie-t-il, ose occuper la place mème que prend le bon Dieu quand il entre ici !! A la porte ; à la porte !! Le tailleur ne fit qu’un bond et déguerpit, aux éclats de rire des témoins. On ne le revit pas de la journée.

Mais voici sa chanson : elle dira mieux l’estime que nos compatriotes lui témoignent.

Vous n’avez pas connu le père Le Touche ? C’était un bonhomme celui-là. Demandez-le plutôt aux vieilles gens de Pléhédel et dvYvias en Goëllo, ou à M. le marquis de Boisgelin, qui fut son ami. Et parce qu’il aimait les petites gens et qu’il tenait à les dérider, il se faisait poète à ses heures. Sous sa rude écorce de Breton, j’allais dire de druide, car il en avait tout l’air — le père Le Touche cachait un esprit fin et caustique, qui se jouait des plus madrés. Quelle fortune pour les convives, qui le rencontraient dans les réunions ou dîners de famille ! A la fin du repas il les régalait d'une de ces chansons salées que la traduction ne saurait rendre. La chanson du tailleur fut un de ses triomphes. Il la chanta cent fois, et cent fois il emporta les applaudissements des auditeurs.


Laouénanig Z. E.