Pajenn:Le Pon - ar c'hemener RBV,1889.djvu/1

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Ar bajenn-mañ n’he deus ket ezhomm da vezañ adlennet.
POÉSIE BRETONNE


LA CHANSON DU TAILLEUR


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Il est deux hommes que le Breton ne peut sentir, le meunier et le tailleur. Le premier est passé maître en volerie, le second en commérage. Il méprise celui-ci, il redoute celui-là. Ecoutez plutôt les proverbes :


Nao gemener vit ober eunn den.
Il faut neuf tailleurs pour faire un homme.

N’euz ket ken hardi ha roched eur miliner,
Rien n’est aussi hardi que la chemise d’un meunier,
 
Rak pep mintin e pak eul laer.
Car chaque matin elle prend un voleur.


Mais laissons Jean Son-Farine s’endormir au tic-tac de son moulin, et parlons du tailleur. D’où vient l’horreur éternelle qu’on lui a vouée en Armorique ? C’est que le tailleur est un cancan ambulant, allant de maison en maison, à la journée, et dégoisant tour à tour des clients qui l’emploient. Or le commérage, d’où qu'il vienne, est un genre de forfaiture que la loyauté bretonne ne supporte point. Les bigotes, fausses dévotes, cousinent sous ce rapport avec le tailleur : elles son l’objet d’un égal mépris : on les fuit comme la peste, on s’en méfie comme du loup. Les noms que le Breton emploie pour les désigner, indiquent leurs charitables fonctions ou l’estime qu’il leur accorde. Il dira des uns et des autres : God ar fri mineoed, louf torchen, et le reste. — Je ne puis traduire. — Au reste, pour m’en tenir au mot breton, j’y trouve la chose elle-même : Kemener veut dire porteur de nouvelles.