Pajenn:Cadic J.-M. - Kanen Morised - RM,1894.djvu/2

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LA COMPLAINTE DE MAURICETTE


En abordant Mauricette, le tailleur cherche à dissimuler la colêre qui déborde de son âme, et, d’un air doucereux, lui demande de nouveau si elle consent à l’épouser.

La jeune fille déclare qu’elle ne le peut pas et qu’elle ne le fera jamais.

Cette déclaration met le tailleur hors de lui-même.

— Mauricette, s’écrie-t-il, vous consentirez, ou je vous tuerai sans pitié.

Dans ce danger pressant, Mauricette se recommande à la Vierge et cherche à fuir pour sauver sa vie. Mais le misérable, se précipitant aprês elle, brandit sa balance, et, avec la boule en fer, la frappe violemment à la poitrine et à la tête.

Au troisième coup, elle tombe couverte de sang et expire.

Ce crime épouvantable jeta la consternation dans tout le pays, mais principalement dans la paroisse de Melrand, où Mauricette et sa famille étaient si connues et si estimées.

Un cri d'horreur et d’indignation s’éleva contre le meurtrier, qui, du reste, ne tarda pas à expier son crime.

Suivant la tradition il aurait été bientôt immolé par la vengeance populaire et enterré près de l’endroit même où il avait tué Mauricette ; mais ce fait n’est pas certain.

Las bardes bretons, nombreux dans nos campagnes à cette époque, ne pouvaient pas rester indifférents en présence d’un attentat si monstrueux.

Ils partagèrent l’émotion et l’indignation de leurs compatriotes, et leur muse se fit l’écho de tous ces sentiments.

Une complainte fût bientôt composée pour flétrir la conduite et le crime du meurtrier, et pour exalter les vertus de la victime.

Cette complainte Rerépandit avec rapidité dans tout le diocèse de Vannes, où le crime avait eu un si grand retentissement, et pénétra même dans le diocèse de Quimper, surtout dans les environs de Guiscriff, Faouët et Gourin.

Aujourd’hui, à plus d’un siècle et demi de distance, on la chante encure dans plusieurs localités.

Mais on comprend que, dans un si grand espace de temps et à travers tant de pays, la complainte n’a pas dû conserver son texte primitif dans toute son intégrité. Il y a toujours à compter avec l’infidélité des mémoires et aussi avec les fantaisies des chanteurs qui, pour montrer leur talent, ou même pour allonger leur chant, ne craignent pas de recourir aux interpolations.

C’est ce qui a eu lieu pour la complainte de Mauricette. De là ces