Pajenn:Cadic J.-M. - Kanen Morised - RM,1894.djvu/1

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LA COMPLAINTE DE MAURICETTE


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Dans la matinée du l5 mai 1727, une jeune fille, nommée Mauricette Jaffredo, fut assassinée, en Melrand, par un tailleur de son village, dans un endroit appelé le Pradigo, situé sur le bord de la route de Melrand à Quelven et à Pontivy.

L’assassin, qui s’appelait Pierre Guéganic, recherchait la jeune fille en mariage, et depuis deux ans déjà il la poursuivait de ses instances. Mais, à cause de sa mauvaise conduite notoire, toutes ses avances avaient été toujours repoussées.

Le lendemain du pardon de Bieuzy, qui a lieu le dimanche dans l’octave de l'Ascension, le tailleur crut devoir tenter une nouvelle démarche et s’adresser au père de la jeune fille. Sa demande fut de nouveau énergiquement repoussée, et en termes qui ne lui laissaient plus aucun espoir.

Furieux de ce nouveau refus. le misérable médite aussitôt une vengeance atroce.

Après s’être informé de l’endroit où Mauricette mènera son troupeau ce jour-là, il se rend lui-même à l’endroit désigné. C’était un petit champ plus long que large, situé sur le bord de la route de Melrand à Quelven, et appelé, à cause de ses proportions étroites, le champ à neuf sillons.

Mauricette n’y était pas. Elle y avait pourtant mené son troupeau ; mais, voyant qu’il n'y trouvait pas de quoi brouter, elle jugea à propos de le conduire à un autre champ situé sur le bord de la même route, à environ deux cents pas plus loin du bourg de Melrand.

Le tailleur ne tarda pas à la rejoindre.

Il était muni de la balance à crochet dont il se servait pour peser les objets qu’il trouvait à acheter. C’était une sorte de balance romaine à bras inégaux : au bras le plus court était attaché un solide crochet en fer, destiné à recevoir les corps qui devaient être pesés. L’autre bras, qui était gradué, supportait une boule mobile d’assez forte dimension, pour établir l’équilibre et marquer le poids.

Dans nos campagnes, les tisserands font encore usage de cette balance pour peser leur fil et leur toile.