Pajenn:Bayon - En Ozeganned.djvu/19

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Mont d’ar merdeerezh Mont d’ar c’hlask
Adlennet eo bet ar bajenn-mañ
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Étude sur le Théatre breton.


Voilà un premier mérite d’En Ozeganned. J’en trouve un autre dans l’adaptation de la légende à la vérité ; et ces deux mérites se relevant tous deux de ce qu’ils sont l’un et l’autre une nouveauté.

Tout autour des bons vieux allongés près du dolmen, dans la lande infinie et enténébrée, voilà que papillonnent les Korrigans, les petits hommes de la nuit : sommeil et lutinerie, bizarreries tombées des lèvres des ivrognes et musique harmonieuse semblant descendre des étoiles, sauvagerie du paysage, danse de farfadets, poésie et vérité, l’ivrogne du Pardon et puis les Ozeganned !

Quelle réalité et quel rêve !

La légende celtique vit toujours au fond de l’âme bretonne, même la plus modernisée ; elle y tient une grande place ; et on a beau peupler le réduit de toutes les productions nouvelles, la légende s’y tient toujours a l’aise. Nous serons demain costumés en paletots de bazars, c'est une affaire entendue ; dans cent ans Paris viendra apprendre chez nous la vraie manière de parler français, tout le monde le sait bien. Mais n’importe, quand nos costumes disparaîtraient et quand notre langue fuirait les invasions de l’étranger, il resterait encore ici quelque chose qui ne s’en ira jamais : cette chose-là qui demeurera, c'est le tempérament, et, au fond du tempérament, — vivace, immortelle comme la race — c’est la légende, aussi inséparable d’elle que le parfum l’est de la fleur.

Maheu et Guilleu sommeillent. Silence ! minuit tinte lentement là-bas, au haut des clochers brumeux ; et les Korrigans se répandent dans les landiers, rois de la nuit,