Pajenn:Luzel - Gwerziou Breiz-Izel vol 1 1868.djvu/368

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Gwiriekaet eo bet ar bajenn-mañ



   — Ne ket da leve a glaskann,
Rebech m’ c’hoar-vager c’houlennan,
Rebech m’ c’hoar-vager ’renkann kavet,
A zo bet ’bars ma zi maget ! —

   — Ema duze ’bars ar jardinn
’Dann treunchenn ar wezenn ivinn ;
Endann kef ar wezenn plantet,
Mar na gredes, kerz da welet ! —

   N’oa ket he c’hir peurlavaret,
He gleze dre-z-han ’n euz treuzet :
— Markiz Trede, me ho tisko
D’ laeres merc’hed war ann hentjo ! —

   Kriz ’vije ’r galon na oelje
’N maner Trede neb a vije,
O welet ar plench o ruia
Gant gwad ar markiz o skuilla !


Kanet gant Mari-Job Kerival.
Kerarborn, 1848.


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NOTE.

Cette chanson est très-répandue dans le pays de Lannion ; c’est une de celles qui ont le plus de succès dans les veillées d’hiver, où l’on s’apitoie sur le sort de la pauvre jeune fille, et maudit le ravisseur. Coatredrez est la principale maison noble de la commune de Tredrez, entre Saint-Michel-en-Grève et Lannion, non loin de Koz-Guéodet. Albert le Grand (Vies des Saints de Bretagne, page 683) mentionne un évêque de Tréguier sorti de cette maison ; voici en quels termes : « Hugues de Coat-Tredrez, de la noble maison de Coat-Tredrez, fut eslu évesque de Tréguier, l’an 1461, sous le pape Paul II, l’empereur Frédéric III et le duc François second. L’année suivante il fut fait cardinal, et alla à Rome, ayant résigné à Christophe Du Chastel. Il mourut en sa maison de Coat-Tredrez, et fut enterré en sa cathédrale, dans le chœur, du côté de l’Évangile. » En l’année 1594 un sieur de Coat-Tredrez, tenant pour le roi, partage la défense de Morlaix avec les seigneurs de Bois-Eon et de Corboson. Le peuple, à Saint-Michel-en-Grève, à Trédrez, à Ploulec’h et dans les environs, a conservé le souvenir d’un seigneur de Coatredrez, du nom de Pierre, qu’il a flétri de l’épithète de cruel, Pierre le Cruel. Serait-ce le ravisseur de notre ballade ? Le manoir de Kerninon, encore habité par la famille de ce nom, Le Roux de Kerninon, est en la commune de Ploulec’h, limitrophe de celle de Tredrez. Tous les chanteurs disent markiz Drede ou Trede. Les noms propres sont ainsi très-souvent défigurés dans les chants populaires, et l’on est parfois fort embarrassé pour les reconnaître sous leurs déguisements et leur restituer leur véritable orthographe ; mais ici, aucun doute n’est permis. Cette chanson est si populaire dans les pays de Lannion et de Tréguier, que les chanteurs en intercalent souvent des vers et des couplets entiers dans les pièces qui présentent des situations analogues. On eu a vu des exemples dans Rozmelchon et Janedik ar Rouz


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