Pajenn:RBV 1867-1 p436-445.djvu/3

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Adlennet eo bet ar bajenn-mañ
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LA BRETAGNE A M. DE LAPRADE.

Cependant, quand je regarde bien, je vois encore la mer — qui vient, en grondant, baigner le seuil de ma porte ; — il y a toujours dans mon sein de grands rochers et de vieux chênes ; — allons ! pauvre vieille, consolez-vous, votre nom est Bretagne.

Oui, Dieu béni ! malgré mon âge décrépit, — mon sang sait encore bouillonner quand j’entends dire : « Bretagne. » — Je ne suis donc pas encore morte, et mes enfants inquiets — me creusèrent trop tôt une tombe à Quimper[1].

La langue que je parle vit encore dans la bouche des Bretons, — en dépit des malédictions des insensés et des faiseurs ; — quand cette belle langue mourra, la foi disparaîtra aussi ; — adieu alors à la loyauté que l’on trouve aujourd’hui en Bretagne.

Quelle belle langue est la mienne ! Disons, en passant, — qu’elle est forte comme le coup, dure comme l’acier ; — elle convient au commandement, elle est propre à persuader ; — douce ou rude à volonté, il n’y en a pas de pareille.

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Koulskoude, pa sellann mad, e welann c’hoaz ar mor
O tond enn eur grozmola betek treuzou ma dor,
Gerek braz ha dero koz a zo bepred em c’hreiz…
Groac’h koz, en em frealzid, ho hano a zo Breiz.

Ia, ma Doue benniget, enn desped d’am c’hozni
Pa glevann lavarout : « Breiz ! » ma gwad a oar bervi,
N’ounn ket maro c’hoaz eta ; ma bugalez nec’het
Ho devoa gread, e Kemper, eur bez d’in re abred !…
 
Ma iez a zo beo ivez e genou ar Vreiziz
E desped da valloziou ann dud nai hag iskiz ;
Pa varvo ar iez kaer-ze, ez aio kuid ar feiz…
Kenavo d’al lealded a zo hirio e Breiz.

Pebez iez eo ma hini, leromp enn eur dremen
Eo nerzuz evel ann taol, kalet vel ann diren…
Mad eo da c’hourc’hemenni ha mad da frealzi,
Kun ha treng eo pa gerer, n’ez euz ked evel-t-hi.


  1. Allusion à la lettre d’invitation à l’enterrement de la Bretagne.