Pajenn:RBV 1867-1 p436-445.djvu/2

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Adlennet eo bet ar bajenn-mañ
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LA BRETAGNE A M. DE LAPRADE.

Quelquefois cependant je me raidis contre la destinée, — et tout aussitôt j’aperçois des masses d’ennemis, le poing levé, — qui viennent sur le dragon rouge prédit par Merlin, — et dont l’aspect est aussi épouvantable que celui des flammes à la gueule d’un four.

Quand je les vois venir, je me couche comme morte, et me relève ensuite ; — blessée quelquefois, jamais souillée, je marche de nouveau ; — après la pluie, l’horizon bleu, après cette vie, le ciel, — car la foi et l’honneur sont chez moi toujours vivaces.

Si ma condition est digne de pitié, elle n’inspire pas de honte ; — car si j’ai été terrassée, foulée aux pieds et dépouillée, — il en a coûté à mes muscles tendus, mais l’ennemi a eu chaud ; — nul de ma race énergique ne fit jamais trahison.

Malgré tout mon courage, ma grande force sans pareille, — le temps m’a refoulée dans la voie de la douleur ; — je ne suis plus, malheureusement ! qu’une petite fumée — que le vent chasse à son gré comme il chasse un nuage.


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A wechou en em reudann dindan ma flaneden,
Ha kerkend all e welann berniou enebourien
War gein dragoun ruz Marzin, zavet gant-ho ho dourn,
Ha ker spountuz da weloud hag ann tan enn eur fourn.

Neuze e rann ar maro hag e savann goude ;
Gouliet, nann mastaret, e kerzann adarre ;
Goude ar glao ar zec’hour, goude ar bed ann env,
Rag ar feiz hag ann enor gan-in-me a zo krenv.

Mar d-eo truezuz ma stad, evit mezuz ne-ket,
Rak mar d-ounn bet diskared, flastred ha diwisket
Eo bet stenn ma gwaziet ha tomm d’ann enebour :
Nikun euz ma gwenn galet n’eo bet morse traitour.

E desped d’ann holl galoun, d’am nerz vraz ha dispar,
Gand ann amzer ounn bouted enn hend du ar glac’har ;
Ne d-ounn me ken, siouaz d’in ! nemed eur vogeden
Kased du-man ha du-hond evel eur goumoulen,