Pajenn:Milin - Hirvoudou, 1856.djvu/2

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Adlennet eo bet ar bajenn-mañ
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(BRETAGNE, POITOU ET ANJOU)


Nebeud a levenez,
Ankeniou a strollad
A zo stag, enn eunn douez,
Er bed-man oc’h pep stad.

Diwar eur brank izel,
0 preja e welann
Tad, mamm ha seiz bugel,
Gant daou beskik bihan.

Gant delienou bara,
Gant daelou, an dud paour !
Zo ho nao o veva
Tost d’ann arc’hant, d’ann aour.

Labourat hed ann deiz,
Huanadi enn noz,
A zo lod ann dud keiz
E ged ar baradoz.

Hueloc’h pa zavann,
Pa zellann enn dro d’in,
Rumou all a welann,
A Glevann o c’hoarzin.

Dre ho c’hoarz, dre ho c’han,
Ho c’hredfet holl euruz,
Ma ne glefet gwelvan
Dreist ho zudi skiltruz.

Pep pardaez ne vez ket
Evel pep mintinvez ;
Evel ann dour a red
E tremen ar vuez.

Pignet war eur brank all,
Me wel dre ann envou
Koummoul du he teval,
Ha kaon er c’halounou.

Me wel war he wele
Aman eur c’hoziad mad,
Enn dro he vugale,
Poaniet dre boan ho zad.


Bien peu de joie,
beaucoup de maux,
s’enchaînent à chaque
existence ici-bas.

D’une branche peu élevée,
j’aperçois un père
une mère et sept enfants
faire leur repas de deux petits poissons.

De miettes de pain
trempées de leurs larmes,
vivent les neuf malheureux,
près de l’or et de l’argent.

Travailler le jour,
gémir la nuit,
voilà le partage du pauvre :
son espoir est au ciel.

Si je m’élève plus haut,
si je regarde autour de moi,
je vois d’autres familles,
j’entends leurs cris de joie.

A leurs rires, à leurs chants,
on les croirait heureuses,
si parfois des soupirs plaintifs
ne perçaient à travers leur allégresse.

Chaque soir ne ressemble pas
à chaque matin ;
comme l’eau qui s’écoule,
s’écoule et passe la vie.

D’une troisième branche,
je vois au ciel
d’épais nuages ;
je vois du deuil dans les cœurs.

Ici près, couché sur sa douleur,
je vois un bon vieillard
entouré de ses enfants,
souffrant des souffrances de leur père.